> Historique de la commune (Sources Wikipédia)

Les Riceys a été formée en 1790 de la réunions des anciennes paroisses de Ricey-Haut, Ricey Haute Rive et Ricey-Bas.

Ricey-Bas

Ricey-Bas fut fondé à l’époque gallo-romaine sur la pertica de la Civitas des Lingons, Ricey-Hautes-Rives et Ricey-Haut étant plus récents. Le nom de la localité est attesté sous la forme Riciaco à l’époque mérovingienne. Il s’agit d’un type toponymique gallo-roman, basé sur le nom d’homme latin (porté par un Gaulois) Riccius suivi du suffixe gaulois de propriété -*ako(n).

À l’époque carolingienne, Les Riceys relevaient du Pagus du Lassois en territoire bourguignon, ce qui a suscité une controverse quant à l’intégration de ce terroir dans l’appellation Champagne. Puis les Riceys sont liés aux comtes de Tonnerre.

Du XIe au XIVe siècle, plusieurs familles tiennent les Riceys, dont celle des seigneurs principaux, à Ricey-Bas (Saint-Pierre), qui portent le nom de « Ricey » (la grand-mère maternelle de St Bernard de Clairvaux, Humberge femme de Bernard de Montbard, serait de cette famille) ; dans l’île de Ricey-Bas, se trouvait aussi le prieuré de Notre-Dame du Faux, dépendant de l’abbaye St-Pierre-le-Vif.

Ricey-Haut

À Ricey-Haut (Saint Vincent, fief tenu des évêques de Chalon-sur-Saône ; il y avait aussi le fief de l’île Saint-Louis possédé par l’abbaye de Molesme), on trouve les comtes de Nevers, Auxerre et Tonnerre (la branche des comtes de Nevers, se fond dans la famille ducale de Bourgogne en 1369 ; et en 1435, le duc Philippe acquiert les comtés d’Auxerre et de Bar-sur-Seine par le traité d’Arras) : ainsi, on trouve au XIIIe siècle Marguerite de Tonnerre reine de Sicile, ou Pierre de Courtenay ; et au XIVe siècle, Mahaut de Chalon Auxerre, fille du comte Jean III, et son mari Jean II d’Antigny sire de Savigny et Sainte-Croix, mariés en 1364, sans postérité.

Au XVe siècle, le célèbre Nicolas Rolin (vers 1376-1462), chancelier de Bourgogne et fidèle du duc Philippe le Bon, fondateur des Hospices de Beaune avec sa femme Guigone de Salins, est seigneur de Ricey-Bas et de Bagneux-la-Fosse (par acquisition vers 1420 ? ; en 1403-1404, c’est Claudin de Hellevilliers qui est Sire de Ba(i)gneux et qui lui donne une charte). Après Nicolas et Guigonne, on trouve leur fils Guillaume († 1488), père de François Rolin († 1521).

À la fin du XVe siècle, les Rolin perdent Ricey au profit de Marie de Chaumont d’Amboise, fille de Charles Ier, par une vente probablement. On peut remarquer que Marie est la nièce d’Anne d’Amboise, fille de Pierre et femme de Jacques Antoine de Chazeron de Châtelguyon (d’une famille spoliée par les Rolin, et qui retrouve ensuite ses biens : Martigny-le-Comte ; de même, les Rohan-Guéméné, eux, retrouveront Gyé confisqué un moment au profit du chancelier Rolin. Alors que la Guerre de Cent Ans s’est terminée par la victoire des rois Valois et la défaite puis la mort de leur ennemi le duc de Bourgogne, auquel les Rolin étaient indéfectiblement attachés, on assiste à une sorte de liquidation de leur puissance en Bourgogne et Champagne, d’autant que le sang des Rolin légitimes s’épuise et que cette famille va presque disparaître).

Depuis 1491, on trouve Marie d’Amboise († 1519) dame des Riceys et de Bagneux (fille de Charles Ier), et par elle ses deux maris : Robert IV comte de Roucy, puis Jean VI de Créquy († 1513) fils de Jean V. Par George Ier de Créqui, fils de Marie et Jean VI, les Créqui gardèrent Bagneux et la baronnie des Riceys jusqu’au XVIIe siècle : < père de George II de Créqui, époux d’Anne de Laval (fille de René II de Laval-Bois-Dauphin et sœur du maréchal Urbain ; grand-tante de Guy de Laval, seigneur de Villemaur et Saint-Liébault par son mariage avec Marie-Madeleine Séguier fille du chancelier Pierre, duc de Villemaur : voir ci-dessous) < Anne de Créquy (fils de George II de Créqui et d’Anne de Laval Bois-Dauphin) < Urbain de Créquy († 1621/23), époux de Marie Vignier (fille de Jacques Vignier sire de Villemaur et Saint-Liébault avant Pierre Séguier : voir ci-dessous ; remariée à François de Clermont comte de Tonnerre).

Vers 1622-23, le père de Marie, Jacques Vignier (sire de Villemaur et de St-Liébault, † 1631 à Ricey), dans la liquidation des affaires de son gendre Urbain de Créquy décédé, se porte acquéreur des Riceys, d’où : < son fils Nicolas Vignier, frère de Marie < Louis Vignier, marquis des Riceys en 1659, avec Bagneux-la-Fosse et Beauvoir ; son frère Abel-Jean Vignier est marquis de Haute-Rive.

Deuxième moitié du XVIIe siècle : Alors que Villemaur et St-Liébault restent dans la postérité des Séguier (le maréchal d’Aloigny de Rochefort, puis La Rochefoucauld d’Estissac), les Vignier cèdent la seigneurie des Riceys à André Baron, puis à son parent Auguste-Robert de Pomereu14 (1627-1702) seigneur de Saint-Nom-la-Bretèche, baron des Riceys (fils de François de Pomereu sire de St-Nom et La Bretèche, et de Marie fille de Pierre Baron héritier d’André) < son fils Jean-Baptiste de Pomereu (1656-1732, marquis des Riceys en 1718) < Michel-Gervais-Robert (1685-1734) puis son frère Jean-André (1687-1753) < Armand-Michel de Pomereu (1734-84), d’où postérité.

Ricey Haute Rive

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> Historique du vignoble (Sources C.I.V.C)

Les origines du bourg

L’occupation humaine remonte à l’époque gallo-romaine, comme l’indique clairement le toponyme Reciacus (le suffixe iacus étant accolé au nom d’un propriétaire) et quelques découvertes archéologiques (aux lieux-dits Paulin et Corroy des substructions datées par des monnaies impériales du IIe siècle). Des cercueils de pierre mérovingiens ont été mis au jour du lieu-dit Chancogné.

C’est à cette époque que nous trouvons les premiers textes. Entre 711 et 719 Ingoara et Leotheria, sœurs de l’évêque de Sens saint Ebbon, reçoivent en précaire de l’abbaye sénonaise Saint-Pierre-le-Vif, l’une la villa de Ricey, l’autre l’église Saint-Pierre du même lieu avec le manse qui s’y rattache, le domaine foncier nécessaire à l’entretien du desservant et du bâtiment. La concession en précaire attribue à des laïcs des biens ecclésiastiques qu’ils exploitent moyennant redevance. Souvent il s’agit de la simple reconnaissance d’un état de fait, l’usurpation des propriétés de l’Eglise par des potentats locaux. Effectivement, au XIIe siècle, le comte de Tonnerre, descendant de la famille d’Ebbon, contrôle la paroisse sans même verser le cens dû à Saint-Pierre-le-Vif. Dans le cadre de la réforme grégorienne, l’évêque de Langres réussit à lui arracher le patronage qu’il donne aux moines du Moutier-Saint-Jean. Quant à la villa, grand domaine rural, elle devient le siège du château et d’une seigneurie laïque qui a pris son indépendance. Après l’an mil, on ne trouve aucune trace d’un lien avec Sens ; les seigneurs des Riceys prêtent hommage, comme vassaux, aux comtes de Champagne.

La présence monastique et  le rôle de Molesme

L’implantation de la vigne dans le Barséquanais, dont fait partie les Riceys, remonte à une période ancienne et date probablement de la conquête de la Gaule par les Romains. Le véritable développement de cette culture est une conséquence de la fondation des abbayes aux XIe et XIIe siècles. La présence religieuse est très forte, aux Riceys comme ailleurs au Moyen-Age, à la suite des donations qui ont été faites aux monastères. Les abbayes de Mores et de Notre-Dame-aux-Nonnains de Troyes y ont des droits d’usage et des rentes, celle du Moutier-Saint-Jean, outre le patronage de la paroisse, d’importantes possessions gérées par le prieuré de Notre-Dame du Faux. Une maison en ville, appelée Le Petit Moutier-Saint-Jean, est mentionnée dès 1235.

Mais l’établissement le mieux doté est l’abbaye de Molesme, toute proche. Son fondateur saint Robert a voulu y retrouver toute la rigueur de la règle bénédictine, quelque peu adoucie par les coutumes monastiques de son temps. Le succès de cette maison est tel que Robert, pour éviter les pièges de l’enrichissement et de l’insertion dans le monde, la quitte pour fonder, en 1098, un « nouveau monastère » sur un site marécageux au sud de Dijon où abondent les cistels (roseaux) : Citeaux. Sa communauté lui reprochant son abandon de poste, il doit revenir à Molesme et laisser à son destin cet ordre cistercien dont il est le véritable créateur, souvent éclipsé par saint Bernard qui en est le propagateur.

Le rôle des moines dans l’histoire de la vigne et du vin, en Bourgogne, en Champagne et ailleurs, est bien connu. La règle de saint Benoît fait du vin la boisson ordinaire des religieux, l’offrande faite avec le pain aux hôtes de passage, sans oublier bien sûr sa présence indispensable sur la table eucharistique quotidienne. Selon ces usages, il faut du bon vin et du vin de soif en quantité suffisante, avec si possible des surplus commercialisables pour subvenir aux dépenses des abbayes. Quand on voit le formidable essor de constructions monastiques aux XIe et XIIe siècles, on mesure l’importance de bien gérer les produits de la terre à forte valeur ajoutée.

Dès 1104, Molesme est propriétaire de vignes au lieu-dit Tronchois et le comte de Tonnerre abandonne aux moines le droit d’herban (ou hériban, une taxe sur le service armé), la nomination des vigniers (chargés de surveiller les vignes) et le banvin (fixation des dates de vendange, mais aussi possibilité d’écouler en priorité la récolte précédente afin de libérer la cuverie et d’éviter que le vin ne tourne à l’aigre). Le domaine monastique de Tronchois est agrandi en 1159 et en 1173 grâce au comte Hugues de Bar-sur-Seine ; en 1184 l’abbaye y reçoit en outre la dîme des vignes avoisinantes ; en 1218 Erard de Brienne l’autorise à y vendanger ses vignes. Les largesses des seigneurs se succédant, Molesme se retrouve propriétaire d’une grande partie des hameaux de la Conche, Lanne, Le Magny ; elle possède des censives sur des vignes dispersées dans tout le finage. Pour exploiter la production, il faut créer un cellier, disposer d’un pressoir, à l’origine des bâtiments situés dans l’île qui recevra plus tard le nom de Saint-Louis, du nom du vocable de la chapelle attenante.

Au milieu du XVIe siècle, les moines assurent en faire-valoir-direct une production de l’ordre de 300 muids (près de 700 hl soit au moins 10% du finage) : 115 muids de vin clairet, 140 de gros vin, 13 muids et 1 feuillette de vin blanc, 20 muids de vins divers d’autres vignes, et 14 muids et 1 feuillette provenant de la dîme (la feuillette de 112 litres valait ½ muid). Au XVIIe, ils cessent l’exploitation directe pour la part de fruit (1/3 pour l’abbaye, 2/3 pour le preneur). La charité des moines lors de la famine qui précède la Révolution leur vaut l’estime et l’attachement de la population, mais ne peut empêcher leur expulsion et la vente de leurs biens. Leur vignoble représente un peu plus de 14 ha, en treize pièces. Les bâtiments monastiques subsistent jusqu’en 1839, puis sont remplacés par la grande maison (1839-48) qu’on appelle le château Saint-Louis.

La propriété laïque et les petits vignerons

L’importance du vignoble ecclésiastique ne doit pas occulter les propriétés laïques, mais celles-ci n’ont jamais atteint les mêmes proportions. Dans la première moitié du XVIIe siècle, le seigneur des Riceys Nicolas Vignier, le bien nommé, possède 45 faites de vigne. La faite ou ouvrée mesurant 1/8e d’argent, soit 5,27 ares, cela ne représente qu’un peu plus de 2 ha, dont la production est exportée vers la Picardie et la Flandre. Très nombreux sont les petits vignerons. La moitié d’entre eux a moins de 10 ouvrées, souvent seulement 2 ou 3, de quoi tirer selon les années 250 à 350 litres de vin, autrement dit ce qui est nécessaire à l’autoconsommation d’une famille.

Dès que l’on dispose d’un peu de surplus, il peut être intéressant de le revendre en remontant jusqu’à la Seine pour abreuver le gosier parisien ou en trouvant des voituriers à destination des provinces septentrionales, les pays sans vignes. C’est ainsi qu’on peut expliquer une conquête des coteaux par les exploitations viticoles, au point qu’au XVIIe siècle les habitants n’ont guère de bois et peu de prés, et doivent recourir aux villages voisins. On compte alors environ 25 000 ouvrées dans le finage, soit environ 1 400 ha produisant en moyenne 3 000 muids soit à peu près 6 600 hl.

Mais il s’agit en partie de vin de qualité médiocre et les vignerons sont habituellement pauvres et seulement à l’aise « quand les vignes rencontrent (réussissent à bien produire) ou quand le vin est bon » écrit en 1666 l’intendant de Bourgogne. Il faut compter avec les aléas climatiques et complanter pour assurer la récolte, en suivant les conseils d’Olivier de Serre : « De cinq ou six espèces de raisins faut meubler la vigne ». Le gel ou la maladie ne touchent pas également tous les cépages. Il faut donc imaginer un paysage très différent. D’une part, le provignage n’aligne pas les rangs de vigne bien peignés et, d’autre part, les ceps mêlés produisent un camaïeu de couleurs. Partout se cachent des loges, cabanes de pierre circulaires et coniques qui servent d’abris aux vignerons.

Sur les coteaux les mieux exposés, on plante alors surtout le pinot noir, le « droit plant de Bourgogne » comme l’appelle au XIVe siècle le poète champenois Eustache Deschamps, qui donne des vins fins, mais aussi du passe-tout-grains, du pinot meunier de la vallée de la Marne, du morillon (beaunoir), du nairien ou tressot, du gamay pour les vins ordinaires. Pour le blanc, moins important, on recourt aux fromenteau (savagnin), arbane chardonnay, meslier, troyen, etc.

Cette structure de la propriété et du commerce rend compte du paysage urbain qui, en dehors du château, de belles églises et d’un prieuré, est constitué surtout de petites maisons, certes de pierre mais exiguës, à l’échelle des petites parcelles.

L’apogée de 1850

La Révolution conforte le morcellement de la propriété avec la vente des biens nationaux. On peut considérer que l’apogée de ce monde ancien se situe aux alentours de 1850, avec environ 4 000 habitants et plus de 1 500 ha de vignes, produisant 28 000 hl de vin rouge ou rosé, 636 hl de blanc et 446 hl d’eau de vie. On compte 430 vignerons ayant un petit lopin, plus de 300 ouvriers agricoles, près de 50 négociants et quelques bourgeois bien établis.

Le bel édifice se lézarde alors, ce que l’on mesure aujourd’hui en découvrant des églises surdimensionnées ou des maisons apparemment abandonnées dans ces villages qui n’atteignent pas en tout 1 400 habitants. Les nouvelles conditions du commerce sont préjudiciables à un terroir éloigné de tout canal ou grande ligne ferroviaire, alors qu’elles avantagent les vignobles du Midi ou du Bordelais. L’exode rural vers les villes industrielles fait augmenter le prix de la main d’œuvre. Un coup terrible est porté par les dévastations du phylloxéra qui atteint les Riceys en 1890. Les vignerons, qui ne peuvent pas tous assumer le coût de la reconstitution du terroir avec des porte-greffes, sont entraînés dans un cercle vicieux : déficit de production – importation de vin étranger – surproduction quand les volumes repartent à la hausse alors que les marchés sont perdus. Sur les 1 500 ha de jadis, il en reste 700 en 1900, 600 en 1902, 260 en 1912. Fourrages artificiels ou résineux ont pris la place des vignes, en bouleversant le paysage ancestral.

La situation entre Bourgogne et Champagne

Du Moyen-Age jusqu’au XXe siècle, les Riceys se situe à la frontière entre Champagne et Bourgogne. L’autorité seigneuriale est localement unique mais, à la fin de l’Ancien Régime, les circonscriptions administratives présentent une incroyable imbrication, propre aux territoires de marches qui ignoraient jadis toute frontière linéaire. Ricey-Bas et Ricey-Haute-Rive appartiennent à la province de Bourgogne, à l’intendance et généralité de Dijon, à l’élection de Bar-sur-Seine. Ricey-Haut se trouve dans la province d’Ile-de-France, intendance et généralité de Paris, élection de Tonnerre. Situés dans le diocèse de Langres, les trois bourgs sont chacun en partie du bailliage de Bar-sur-Seine (Bourgogne) et de Sens (Champagne), à tel point que les rues voire les maisons se trouvent parfois à cheval sur deux circonscriptions.

A l’époque médiévale, le fief des Riceys est dans la mouvance du comté de Champagne. Le mariage de sa dernière héritière avec le roi Philippe le Bel et son rattachement à la Couronne ont raison du tropisme champenois jusqu’à ce que le découpage départemental, les incluant à l’Aube, fasse de Troyes le chef-lieu, tant laïque qu’ecclésiastique, les diocèses étant remaniés en parallèle. Désormais, les cadres institutionnels aussi bien que l’appellation viticole font clairement des Riceys un terroir de Champagne, mais deux siècles n’ont pas suffi à effacer une certaine empreinte bourguignonne.

Celle-ci est surtout visible dans l’architecture des maisons vigneronnes et les caves. Il est piquant de relever que la situation ambiguë des Riceys à la fin de l’Ancien Régime est contemporaine d’une querelle restée fameuse entre Champenois et Bourguignons sur la qualité de leurs vins respectifs. La concurrence sur les marchés parisiens et notamment auprès de la clientèle aristocratique en est la cause évidente.

L’affrontement se fait à coups de thèses de médecine des facultés de Reims et de Paris (Dijon n’ayant pas alors d’Université). A Daniel Arbinet qui soutient en 1652 que « le vin de Beaune est le plus suave à boire et le plus salubre », Gilles Culloteau répond en 1700 que « le vin de Reims est plus agréable et plus sain ». Il ne s’agit pas que d’une appréciation gustative dans ces doctes travaux en latin. En 1694, le Premier Médecin de Louis XIV, qui souffre de la goutte, a fait remplacer sur la table royale, par du vin de Bourgogne le vin de Champagne qui « s’aigrit très aisément parce qu’il a plus de tartre et moins d’esprit que celui de Bourgogne, et que par conséquent il augmente l’humeur mélancolique et ses effets ». Les Champenois se défendent savamment, cherchent à démontrer que leur vin entretient la santé, conduit à un âge avancé et est doté de qualités diurétiques. Le docteur rémois François Mimin écrit en 1705 un texte qui s’applique bien aux Riceys : « Sa couleur est si vive que le diamant le plus pur ne brille pas davantage aux yeux ; quelquefois le rouge est si vermeil qu’on le prendrait pour des rubis distillés ; enfin c’est de l’union de ces deux couleurs que se forme ce que nous appelons l’œil de perdrix qui pour n’avoir pas tant d’éclat n’en est pas moins agréable à l’oeil ».

L’irrésistible attraction champenoise – Les crises et le renouveau

La crise du phylloxéra est à l’origine du syndicalisme vigneron, par la nécessité de se serrer les coudes. Cette solidarité joue à plein lors des péripéties douloureuses relatives à la délimitation de la Champagne viticole, quand la Chambre des Députés légifère en 1905 sur l’aire de production des raisins ayant droit à l’appellation. Alors que, depuis le début du XIXe siècle, certains négociants marnais achetaient du vin aux Riceys, le bourg est menacé par une restriction de l’appellation au département de la Marne et au canton axonais de Condé-en-Brie. En partie ruinés par la crise, les vignerons ricetons risquent d’être exclus de la Champagne sous prétexte qu’ils sont Bourguignons… et de la Bourgogne sous prétexte qu’ils sont Champenois. Sur le plan géographique, la partie méridionale de l’Aube, par son terrain jurassique, se rapproche en effet beaucoup plus de la côte bourguignonne que de la Montagne de Reims. Les cépages alors plantés dans le Barséquanais s’apparentent davantage aux cépages bourguignons qu’aux cépages champenois.

Un décret du 17 décembre 1908 interdit aux Aubois de fabriquer du Champagne, mais n’empêche pas le vin de l’Aube – valant 30 à 40 francs l’hectolitre – de passer dans la Marne, où il faut débourser 200 francs pour la même quantité. Cela entraîne la colère des vignerons marnais, risquant de ne plus pouvoir vendre leur vin au négoce. En janvier 1911, c’est la révolte, extrêmement violente, notamment à Aÿ et dans la vallée de la Marne. Pour y mettre fin une loi, votée le 10 février, déclare que l’appellation Champagne sera réservée à la récolte de la zone délimitée, sans apport possible de vin aubois.

C’est alors le soulèvement dans l’Aube : les vignerons des Riceys manifestent à Bar-sur-Seine derrière un drapeau rouge voilé de crêpe noire et à Troyes en chantant l’hymne des vignerons champenois sur l’air de l’Internationale. Chaque manifestant porte un macaron sur lequel on peut lire : « Champenois nous fûmes. Champenois nous sommes. Champenois nous resterons et ce sera comme çà ! » Le gouvernement répond en envoyant la troupe puis en concédant le 11 juin une appellation Champagne « deuxième zone », autrement dit une appellation au rabais. Le 13 juin, le drapeau rouge flotte tout en haut du clocher de l’église de Ricey-Bas. Il faut attendre l’après-guerre et toute une bataille juridique de chambre d’appel en cour de cassation pour aboutir le 22 juillet 1927 à la reconnaissance de l’appellation Champagne à 71 communes de l’Aube, à condition de remplacer progressivement le gamay aubois pat les cépages champenois et de se conformer aux règles de l’appellation.

L’année 1927 est aussi celle de l’intégration du syndicat viticole des propriétaires / vignerons des Riceys, né de la crise, dans le syndicat général des vignerons de la Champagne. Sur le « vitrail de Champagne », œuvre du mécénat de l’interprofession qui offrit à la cathédrale de Reims en 1954 les trois belles lancettes de Jacques Simon, sont représentés la flèche et le nom des Riceys, preuve lumineuse de l’intégration dans la famille.

La reconstitution du vignoble

Le vignoble a été reconstitué entre les deux guerres pour atteindre aujourd’hui 866 ha, soit à peine plus de la moitié de la superficie d’il y a un siècle-et-demi. Il permet néanmoins aux Riceys d’être la première commune de Champagne par l’étendue de son terroir.

L’appellation d’origine contrôlée Rosé des Riceys, reconnue par décret du 8 décembre 1947, concerne une production spécifique et confidentielle, connue d’heureux initiés car il ne s’en produit que moins de 300 hl en moyenne selon les années, sur un terroir délimité de 350 ha. Rosé d’assemblage, associant jus de goutte et jus de presse, validé quand le moût du pinot noir atteint au moins 10° sans ajout de sucre, fondé sur le savoir-faire ancestral, la mémoire de l’expérience, visuelle et olfactive, la tradition orale.

L’évolution récente du paysage viticole aux Riceys

La reconstruction du vignoble n’est menée à bien qu’après la seconde guerre mondiale. En 1959, il y a aux Riceys 129 hectares en appellation contrôlée, 18 hectares nouvellement plantés et 25 hectares en dehors de l’appellation, soit en tout 172 hectares. Les surfaces de vignoble ont alors augmenté jusqu’à nos jours pour atteindre 830 h (contre 1 500 h à son apogée au milieu du XIXe). La modification dans le vignoble se fait alors surtout au niveau des cépages, le Gamay devant être remplacé progressivement par cépages nobles (Pinot Noir, Meunier et Chardonnay).

En parallèle, à l’époque de l’agriculture intensive, l’élevage est progressivement abandonné par les agriculteurs qui vivent des trois cultures (élevage, viticulture et céréales). Les pâtures s’enfrichent ou sont plantées de forêts de pins. Ce développement des forêts de résineux a fortement marqué le paysage des Riceys tel qu’on le connaît aujourd’hui. De paysage ouvert jusqu’à 1945, le paysage des Riceys se referme petit à petit du fait des grandes forêts et cordons boisés plantés qui descendent des plateaux jusqu’aux villages.

Un patrimoine bâti diversifié et de qualité

Le bourg des Riceys présente une richesse patrimoniale exceptionnelle et d’une unité surprenante. La création successive de ses trois villages, ayant acquis chacun une forte identité, entraîna une certaine émulation entre les communautés, qui relevaient pourtant de la même paroisse, d’où ces églises imposantes, aujourd’hui classées au titre des Monuments Historiques.

Son patrimoine architectural est particulièrement riche et préservé, grâce notamment à son histoire, à la qualité de la pierre calcaire utilisée, à sa situation privilégiée en dehors des zones de guerre et au style très spécifique de ces maisons de vignerons. La commune ne compte pas moins de deux châteaux, un pigeonnier, six chapelles, sept lavoirs et une halle aux dimensions imposantes, sans parler des dix-huit cadoles et des innombrables maisons de vignerons, toutes vêtues de pierre blanche, dont les plus anciennes remontent à la Renaissance.